Les chiffres officiels persistent à ne pas intégrer les identités de genre multiples, bien que leur visibilité progresse dans les sphères médicales et sociales. Sur les papiers, les plateformes administratives et jusqu’aux dispositifs juridiques, la binarité règne encore en maître.
Pourtant, chaque jour, des individus vivent entre deux genres, sans que leur trajectoire soit reconnue par la plupart des cadres institutionnels. Ce constat met en lumière la variété réelle des expériences de genre, et interroge le regard que la société porte sur celles et ceux qui refusent de s’enfermer dans une seule case.
Le bigenre, une identité de genre à découvrir
Dans la nébuleuse des identités de genre non-binaires, le terme bigenre s’impose avec une réalité singulière. Concrètement, il concerne toute personne dont l’identité de genre évolue, oscille ou se répartit entre deux pôles distincts. Bien souvent, il s’agit du genre masculin et du genre féminin, mais d’autres combinaisons sont possibles. Aucune histoire de tenue vestimentaire ou d’orientation sexuelle ici : comprendre et exprimer qui l’on est, indépendamment du sexe assigné à la naissance, reste au cœur de la démarche.
Derrière cette appartenance, mille et une façons de vivre le genre. Certains alternent entre attitudes et expressions liées aux genres binaires, d’autres mêlent continuellement traits considérés comme masculins ou féminins. Les choix de pronoms, le rapport à la silhouette, la manière de négocier avec les codes imposés : tout cela reflète une diversité qui déroute souvent les repères établis.
Pour illustrer cette diversité, deux vécus émergent fréquemment :
- Des personnes ressentent deux genres en parallèle ou passent de l’un à l’autre à certains moments de leur vie.
- D’autres n’établissent aucune hiérarchie entre leurs deux genres : les deux existent, côte à côte, sans priorité donnée à l’un ou l’autre.
La notion de bigenre s’éloigne donc radicalement de la certitude d’un genre figé et unique. Elle invite à dépasser la frontière traditionnelle entre homme et femme. Pour celles et ceux qui se reconnaissent dans ce terme, il ne s’agit ni d’une simple transition, ni d’un simple jeu avec les apparences, mais d’un vécu profond parfois revendiqué fièrement, parfois gardé à l’abri des regards. Une chose demeure : la société, fidèle à la logique binaire, peine à saisir pleinement ces parcours. D’où l’urgence de reconnaître la pluralité des genres, d’écouter les récits multiples et d’ouvrir les cases.
Quelles différences avec les autres identités de genre ?
Aborder la question bigenre, c’est aussi accepter de démêler les distinctions entre différentes identités non-binaires. Une confusion revient souvent : on croit que bigenre signifie être bisexuel. Pourtant, le premier terme parle d’identité de genre ; le second, d’orientation sexuelle. Une personne bigenre ne double pas une attirance, mais traverse deux façons d’être, par exemple le masculin et le féminin.
La différence avec l’androgynie ? Le bigenre implique la reconnaissance de deux identités de genre, tandis que l’androgynie s’appuie sur l’expression, en mêlant des codes traditionnellement masculins ou féminins sans revendiquer deux identités distinctes. De leur côté, les personnes trigenres évoquent trois genres différents, et déplacent encore le curseur.
| Identité de genre | Nombre de genres concernés | Dimension |
|---|---|---|
| Bigenre | Deux | Identité |
| Trigenre | Trois | Identité |
| Androgyne | Non défini | Expression |
Impossible de passer à côté de la scène drag. Drag queen ou drag king, il s’agit d’une performance artistique et théâtrale, qui ne correspond pas nécessairement à une identité de genre vécue au quotidien. Les histoires de genre dessinent autant de singularités qu’il y a de personnes concernées, chacune avançant à sa façon, indépendante de son attirance sexuelle ou du regard des autres. Les personnes bigenres choisissent d’exister sans se laisser ranger ou réduire, défiant les jugements et les pressions sociales.
Vivre en tant que personne bigenre : expériences et défis au quotidien
Se dire bigenre, c’est accepter de jouer les funambules. L’équilibre se façonne jour après jour : l’expression de genre peut varier, parfois plus masculine, parfois plus féminine, ou les deux simultanément. Ce n’est pas qu’une histoire d’apparence. Les attentes sociales, les regards, la pression du sexe assigné à la naissance, pèsent lourd sur les épaules de celles et ceux qui n’y rentrent pas sans heurts.
Au quotidien, la question des pronoms prend une dimension très concrète. Certains optent pour « il », d’autres pour « elle », d’autres encore alternent ou expérimentent des pronoms neutres. Entourage personnel et professionnel, institutions, tout le monde n’avance pas aussi vite. Les blocages sont fréquents : incompréhensions, moqueries, maladresses, voire propos hostiles ou agressions. Les freins à l’emploi, les complications pour faire valoir ses droits, et la sensation de solitude, se rappellent régulièrement à ceux qui vivent ce parcours.
Défis rencontrés quotidiennement
Quelques obstacles se dessinent de façon récurrente pour beaucoup de personnes bigenres :
- Peu de reconnaissance officielle des identités de genre non-binaires
- Des parcours semés d’embûches lorsqu’il s’agit d’entamer une transition sociale ou médicale
- Difficulté fréquente à se faire respecter dans le choix de ses pronoms
- Sentiment d’être isolé·e, aussi bien parmi les personnes binaires qu’au sein des milieux LGBT
Vivre bigenre, c’est devoir naviguer entre affirmation de soi et adaptation. Chaque jour vient avec son lot de petits choix : se rendre visible, ou se faire discret. Pour beaucoup, raconter et faire entendre l’expérience bigenre devient une façon de repousser la peur et de rappeler qu’on existe, pleinement, malgré les résistances et les murs érigés par la société.
Ressources et conseils pour mieux comprendre et soutenir le bigenre
La reconnaissance de la multiplicité des genres avance, certes, mais l’accès à des repères fiables demeure limité. Soutenir une personne bigenre, c’est d’abord faire preuve d’écoute et de respect, en particulier sur la question des pronoms, qui peut évoluer au fil du temps. Utiliser le pronom ou l’accord souhaité, c’est déjà marquer une différence bien concrète dans le rapport à l’autre.
Se renseigner, s’informer sur les réalités bigenres : des associations, des collectifs et de nombreux témoignages diffusent des ressources et des guides de sensibilisation. Ceux-ci permettent d’appréhender la richesse des parcours bigenres et la variété des expressions de genre. Des lieux d’échange existent, dans lesquels il est possible de partager expérience, conseils ou soutien en toute sécurité.
Soutenir, c’est aussi oser s’exprimer lorsque des propos déplacés ou des attitudes discriminatoires surviennent. Assister à des ateliers ou à des événements animés par des personnes témoignant de leur vécu facilite la compréhension. Chacun peut, à son échelle, élargir sa sensibilité et contribuer à desserrer les contraintes d’un système binaire.
Les droits des personnes bigenres exigent également une évolution du cadre institutionnel : inclure toutes les identités lors des démarches, exiger le respect dans l’espace public, œuvrer à la prise en compte des personnes non-binaires. À force de gestes individuels qui s’accumulent, la société change, lentement mais inexorablement.
Ici, la pluralité avance, sans attendre le verdict des cases : elle s’installe, certaine qu’en ouvrant la porte à toutes les nuances du genre, une société gagne en densité, en lumière, en possibilités.


